L’ascenseur Maudit

misophonieAu fil des ans, ma misophonie a testé les limites de ma patience, voire de mon amour de la vie même, plus d’une fois. Depuis deux ans, je suis reclus chez moi, car certains déclencheurs visuels sont devenus très difficiles à gérer. J’espère un jour pouvoir sortir de chez moi et vaquer à mes occupations d’antan, mais j’en doute. Évidemment, l’anxiété et la dépression se sont lentement frayées un chemin dans mon for. Pour avoir plus de sérénité, j’ai déménagé de Toronto pour m’établir à Gatineau, en banlieue de la capitale nationale.

Je suis généralement de nature très prudente lorsque je sélectionne un appartement, de mauvaises expériences ayant affuté mon sens du discernement. Je demande les questions habituelles : Est-ce très tranquille? Peut-on entendre les voisins? Quelle est la clientèle? Et ainsi de suite… Pour le reste, je fais confiance à celui qui me répond.

Mon propriétaire précédent avait répondu à toutes ces questions avec transparence et j’avais fait le choix informé de demeurer dans son appartement. Nous eûmes une bonne relation.

À Gatineau par contre, je suis tombé sur les proprios de l’enfer, comme je me plais à les surnommer :

Skyline Living.

Je leur ai fait part de ma condition médicale, à l’oral et à l’écrit (toujours important d’avoir une preuve écrite, je vous le dis). Lorsque je leur ai posé les questions habituelles, en bon vendeurs, les gens de Skyline Living m’ont répondu : « Tu n’as pas à t’inquiéter, c’est en béton ici. Et s’il y a quelconque problème, appelle le concierge. » N’ayant pas beaucoup de temps et puisque mon vol de retour à Toronto approchait, je leur ai fait confiance. Cette fois-ci, je me suis dit, oui, je leur fait confiance. Grossière erreur.

Il va sans dire, tout ça était un éhonté mensonge.

À peine venais-je d’emménager que les voisins d’en face avait décidé d’organiser une orgie de cris sauvages. Leurs roucoulements se réverbéraient comme du cristal dans mon salon. Soit, me suis-je dit, je pourrais acheter des rideaux, ou d’autres objets qui pourraient étouffer les sons. Voyez, déjà j’étais prêt à faire des concession, malgré que j’avais pas reçu l’appartement qu’on m’avait promis.

Puis, je l’ai entendu. Un bruit d’impact et de grincements continu. Sans doute d’autres voisins qui déménagent, en ai-je conclus. Alors j’ai enduré, de peine et de misère. À la tombée de la nuit, après une petite recherche, j’ai compris que c’était l’ascenseur adjacent à ma chambre à coucher! Mon coeur s’est arrêté. J’en ai presque pleuré. Je savais dès lors que ÇA commençait.

J’ai rapidement fait une recherche sur Internet. Et j’ai découvert que je n’étais pas le seul à me plaindre de telle situation. C’était le début de mon chemin de Croix.

L’ascenseur maudit, comme j’aimerais l’appeler. Il complétait ses montées et descentes avec toujours avec la même lenteur patiente, comme le corbeau de Poe le hantait. Les bouchons pour oreille n’y faisaient rien, ni la musique, ni changer de pièce. C’était telle une roue dentée qui creusait son douloureux sillon dans mon crâne, et me rendait misérable, ô si misérable.

Ainsi commença mon combat avec les propriétaires de l’immeuble. Sachez que je n’aime pas être dans cette position, car j’aurais évidemment préféré vivre tout bonnement et paisiblement dans cet endroit. Je ne suis pas quelqu’un qui recherche confrontation.

Cette fois par contre, j’ai demandé un transfert. J’ai aussi déposé des plaintes de bruit. Presque toute ma communication est initialement restée sans réponse. Je ne voulais pas avoir l’air trop plaintif, alors j’ai attendu, patiemment. Puis un soir, j’ai eu la nausée et des vertiges à cause des bruits d’ascenseur. J’étais constamment tendu. C’est nocif. Des bruits mécaniques, on ne peut pas leur dire de se taire. J’en ai eu marre. J’ai compris que ma santé était en jeu. J’ai redoublé d’ardeur dans mes requêtes, et finalement, on m’a répondu. Mais ce n’était que de le début de la bataille, car la gestion de Skyline n’était certes pas disposée à faire des concessions, ni à reconnaître ses torts.

J’en suis souvent venu à me demander si j’étais simplement capricieux. Puis j’ai songé à tous les autres misophones de la communauté, comment nos vies en souffrent, et tout ce que j’avais déjà vécu par le passé. Ma misophonie avait déjà été reconnue par mon médecin et mon employeur comme étant un handicap, et j’avais reçu les accommodations nécessaires. À cet instant, je suis donc allé voir la Régie du Logement, qui m’ont conseillé de façon exemplaire.

J’ai compris mes droits. J’ai cessé de m’apitoyer sur mon sort et j’ai sorti les dents. J’ai eu beaucoup de doutes, j’en ai encore aujourd’hui d’ailleurs. Mais j’ai décidé de me respecter moi-même et d’aller là où mon coeur me guide. Parfois, il faut se battre, et je ne suis pas prêt d’arrêter.

Je devrais transférer dans quelques semaines. Les modalités ne me plaisent pas, mais c’était ça ou devenir fou. Je vous partagerai les détails sous peu, et surtout, qu’est-ce que je ferai ensuite.

 

Voici mes premiers conseils découlant de cette expérience donc, à vous mes chers homologues misophones :

  • Vaut mieux habiter dans un petit immeuble où les propriétaires ne vous verront pas comme des numéros
  • Ne prenez en aucun cas d’appartements près des ascenseurs
  • Observez bien la clientèle qui habite l’immeuble avant de signer
  • Mentionnez votre condition médicale
  • Demandez à ce que votre besoin de tranquillité en tout temps soit inscrit au bail
  • Obtenez une note médicale qui définit votre condition comme un handicap

 

Et surtout, évitez à tout prix Skyline Living!

 

Si vous vous retrouvez dans une situation semblable, contactez-moi, je pourrai vous conseiller sur les démarches à suivre.

 

D’ici là, bon courage avec vos proprios de l’enfer.

 

— J-p Bélanger.